Olivier Caignart

La première vidéo d’Olivier Caignart que j’ai vue était son numéro « Gentleman jongleur », qui est un numéro de jonglage « chapeau/canne/cigare… » basé sur les chutes, les ratés… J’ai particulièrement apprécié ce côté « second degré », pince-sans-rire, jouant sur le contraste de son costume de gentleman et les ratés volontaires qui sont l’occasion de traits d’humour… Un numéro faussement « old school », qui dénote par rapport à la plupart des numéros de jongle contemporains. En approfondissant mes recherches, je me suis aperçu qu’Olivier était un « touche à tout », impliqué dans la diffusion et l’histoire de la jonglerie.

Bonjour Olivier, peux-tu me dire à quel âge tu as commencé à jongler, et comment tu as découvert cette discipline ?
Salut David, et merci de t’intéresser à mon travail. J’ai appris à jongler tout seul avec des paires de chaussettes de ski quand j’avais 12 ans. J’ai découvert le bâton du diable à 20 ans en école d’ingé et entre les deux, il n’y a rien eu. J’ai vraiment découvert le monde de la jonglerie en 2003, 2004, lorsque j’ai participé à Boudu et été barman à la convention européenne de Carvin, ce qui a changé ma vie. En 2005, j’ai découvert le Virtuosos of Juggling qui m’a fait réalisé mon ignorance et la richesse de l’histoire.

 

Jonglais-tu tout seul dans ton coin, ou alors vous étiez plusieurs jongleurs à vous entrainer ensemble ?
Au début je voulais te répondre d’abord tout seul, puis avec des copains, mais ca serait faux. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de jongleurs qui jonglent vraiment seul. A partir du moment où on est mordu, on sent qu’on fait partie d’une communauté, et même si l’entraînement se fait seul, on a toujours un copain quelque part avec qui on se « tire la bourre », donc on est jamais vraiment seul.

 

Je t’ai vu jongler avec quasiment tous les objets possibles, des balles au chapeau, bâton du diable, cigare, canne, anneaux, massues… As-tu quand même un objet préféré ?
Tu oublies les clopes  ! Oui et non, je m’amuse avec tout, mais je travaille plus aux anneaux, c’est l’objet que je prends le plus souvent.

A partir de quel moment tu t’es dit que tu pourrais devenir professionnel ?
En 2004, j’ai découvert qu’on pouvait être pro. En 2006, j’ai fait mes premiers plans payés, et je me suis dit que je pouvais y arriver en 2008 lorsque j’ai approché le statut d’intermittent.

 

Est-ce qu’il y a UNE figure ou un enchaînement que tu affectionnes plus particulièrement ?
Les cuillères dans les verres c’est sympa, ça enchante le public, ça lui parle. Sinon, celle qui me fait rêver, c’est envoyer la bouteille sur la queue de billard, que faisait Gaston Palmer sur scène !

 

Quelle est la figure qui t’a demandé le plus de travail avant de la maîtriser ?
Je peux dire que le Bob Bramson à trois était horrible à apprendre. C’est cette figure où l’on fait rouler les anneaux sur le dos. Lui le faisait à 4 sur scène ! Il m’a fallu deux années avant de le montrer sur scène, et évidemment c’est tombé 8 fois sur les 10 premières scènes.

Ton numéro « Gentleman jongleur » ( vidéo ci-dessus ) est inspiré de numéros de jongleurs « historiques » comme Buba  ou Gaston Palmer . Ces numéros originaux datent parfois de dizaines d’années, et pourtant ton numéro est étonnamment moderne. Ton but était de rendre hommage à ces artistes, aujourd’hui disparus, en montrant à quel point ils étaient atemporels ?
Merci pour le compliment. Tu dis que le numéro est moderne, je crois qu’il l’est parce que ce que j’apprends se teinte forcément de mes influences modernes et de ma culture. Ma philosophie est de transmettre cet héritage, parce que cela m’amuse de jongler ces objets, et parce que d’un point de vue pratique, je me dis que si « ca marchait » à cette époque, je ne vois pas pourquoi ca ne marcherait pas maintenant. Dans ce sens, oui ces numéros sont atemporels. Tous les anciens numéros ne le sont pas, mais un bon numéro est comme un chef d’oeuvre. On peut le regarder 100 fois sans s’en lasser. La longévité du numéro de Bela et Kris Kremo le prouve.

 

J’ai lu que tu avais pour projet de traduire le livre de Karl-Heinz Ziethen, « 4000 years of juggling« , où en es-tu ?
Ah, là j’ai fini le « Virtuosos of Juggling ». En ce qui concerne le 4000 ans de jonglerie, j’espère qu’une nouvelle édition sortira prochainement, la précédente est épuisée et surtout de mauvaise qualité, c’est toute une histoire. Si ce bouquin sort, alors là oui, j’envisagerai une traduction et pourquoi pas une édition. En tous cas, si cela intéresse des gens d’avoir la traduction du Virtuosos, je peux la fournir.

 

« 4000 ans de jonglerie », c’est aussi le slogan de « Formidable« , ton « spectacle-conférence » de 40 minutes. L’idée de ce spectacle est venue de ce livre ?
Oui. Cela m’a fourni une matière première en or, qui coïncidait avec mon intérêt pour le sujet, et le moment où j’arrivais à une maturité suffisante pour créer mon spectacle. La première a été catastrophique.

Tu es aussi à l’origine d’une exposition, « Ca tombe bien, la jonglerie et son histoire« . Peux-tu me raconter comment s’est monté ce projet ?
Très simplement. En 2011, la Maison Folie Lille Moulins organisait un événement autour du cirque. A force d’en parler, tout le monde savait que j’avais plein de choses à montrer. C’est Samuel Rieubernet, le directeur du Cirque du bout du monde qui m’a suggéré l’idée.

 

Il paraît que tu as reçu de Dominique Denis sa collection sur les jongleurs ? Comment s’est faite ta rencontre avec ce personnage ?
Très simplement aussi, tout est simple en fait. J’ai découvert son « Art de la jonglerie » en trois tomes, je l’ai appelé pour lui dire que je souhaitais le rencontrer et voilà. C’est très très simple, et ces anciens jongleurs sont toujours ravis de voir de nouveaux visages.
Quelque temps après, il déménageait et voulait faire de la place. Il m’a donc rappelé et dit de passer chez lui tout récupérer. Le lendemain, j’y étais.
J’ai environ 10000 entrées concernant des jongleurs que j’ai scannées, mais pas encore organisées. Encore un travail en cours !

 

D’où vient le nom de ta compagnie, « Cabaretoli » ?
Euh, ça fait italien, il y a cabaret dedans, et Caignart, ce n’est pas facile à retenir.

 

Tu as aussi un numéro de cabaret plus classique dans lequel tu présentes des figures de jonglerie avec différents objets, bâton du diable, anneaux… C’est un choix volontaire de ne pas avoir rajouté de narration, comme tes autres numéros ?
Ce numéro, « More ! » est le premier que j’ai monté. A l’époque, j’avais comme idoles Francis Brunn, Kris Kremo et Bob Bramson. Eux ne parlaient pas, moi de toutes façons, je n’en étais pas encore capable.

Dans ces 3 numéros, tu as un personnage de « gentleman », costume et chemise… Comment est né ce « personnage » ?
Comme tu l’as dit plus haut, de ma rencontre avec Buba et Gaston Palmer. Mais je ne pense pas incarner un personnage. Il s’agit plus de ma personnalité avec des réflexes et des « trucs » de scène qui forment un ensemble. J’ai beaucoup fait d’animation dans ma vie professionnelle, et ce genre de trucs viennent de là.

 

Ce personnage est pourtant assez en décalage par rapport à une grande partie du milieu de la jongle. Mis à part dans le collectif du Petit travers, où ils sont également en costume, la jonglerie actuelle évolue plus dans un univers très « décontracté ». Sans parler des conventions, où on voit plus de sarouels que de pantalons à pinces ! Est-ce que c’était une manière de prendre le contrepied, ou c’était naturel et spontané, sans calcul ?
Ca va avec le style du gentleman. Mais plus largement, il ne faut pas oublier tous les gens qui bossent en cabaret, dans les cirques, dans les croisières, l’événementiel en général. Eux sont forcément bien habillés, il faut que ça en jette ! Alors effectivement, ca fait un peu tâche en convention, mais le but des conventions étant de faire progresser la jonglerie, autant explorer toutes les directions.

 

Tu es aussi président de l’association française de jonglerie, dont le but est de promouvoir la jonglerie en France, et aider les organisateurs de conventions de jonglerie. Comment es-tu arrivé à ce poste ?
J’ai été élu à Nantes en 2010, à la suite de Sébastien Morizot. On a monté tous ensemble cette asso à partir du modèle de l’EJA et de notre passion pour les conventions. D’un point de vue plus personnel, je me suis impliqué parce que je trouvais que ça en valait la peine, et je sentais que je pouvais aider.

 

Je crois que tu faisais aussi partie des organisateurs de la première convention française de jonglerie, à Carvin en 2008. Quels souvenirs gardes-tu de cette expérience ?
Surtout le mariage qu’on a fait sur le site de la convention deux jours avant l’ouverture. On a commencé la convention sur les rotules ! Et puis c’était 7 jours, le pied !

 

Tu as des projets en cours ? Et comment vois-tu ton évolution dans le jonglage ?
Les projets c’est l’expo, j’aimerais aussi monter un vrai spectacle de scène, mais je n’ai pas encore le réseau. Le personnage du gentleman jongleur peut encore vivre très longtemps, puisque plus je serai vieux, plus je rentrerai dans la peau du gentleman, d’ici 20 ans ça sera parfait. Mais plus largement, je pense qu’il y a beaucoup de choses à faire pour la reconnaissance de la jonglerie comme art, et sauvegarde de l’histoire. J’aimerais avoir un institut du répertoire jonglé et de la jonglerie contemporaine. On peut y arriver, mais ça prendra du temps.

 

Quelles sont les prochaines dates où il sera possible de te voir ?
Je joue à Paris, au Théatre du Radeau, le 28 octobre. Sinon « Formidable » l’année prochaine à Châlons peut-être ?

 

Quels sont les jongleurs contemporains dont tu apprécies plus particulièrement le travail ?
Jérôme Thomas sans hésiter, Koblikov, Pavel Evsukevich, Wes et Patrick et Jay, …

 

Quels sont les derniers spectacles de jonglage qui t’ont marqué, et que tu recommandes de voir ?
De Fracto et le Petit Travers pour la salle. Et Smashed, même si c’est un peu l’effet blockbuster, mais justement rien que pour ça, ça vaut le coup.

 

Cette interview touche à sa fin, je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions ! As-tu un dernier mot à ajouter, un message à faire passer ?
Merci de faire ce travail David, c’est autant de matière pour les jongleurs d’aujourd’hui et de demain.

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Si vous souhaitez avoir plus d’informations Olivier, vous pouvez consulter son site internet : www.cabaretoli.com

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