Neta Oren

Tout d’abord, les présentations ! Si je ne me trompe pas, tu es israélienne, et tu viens de passer 2 ans à l’école du cirque à Lyon. Pourquoi avoir choisi cette école, dans un pays aussi loin de chez toi ?

Je viens d’Israël. A 18 ans, après avoir terminé mes études, je suis allé à Berlin pour un an de service volontaire dans un cirque pour enfants, en tant que professeur de jonglerie. À la fin de cette année-là, j’ai essayé d’entrer dans l’école de Cirque du Lido à Toulouse. Après mon audition le comité d’admission m’a dit que j’étais trop jeune pour commencer cette école et m’a suggéré d’essayer l’école de prépa à Lyon. Ce que j’ai fait. J’ai maintenant fini ces 2 années d’études là-bas, qui ont été très intéressantes pour moi pour l’aspect « performance » dans le cirque. L’école accorde beaucoup d’importance au théâtre, à la présence sur scène. J’ai toujours su que je voulais aller étudier le Cirque hors de mon pays. C’était mon rêve depuis l’âge de 12 ans. Le cirque en Israël en est encore à ses débuts et il n’est encore que très minoritaire dans la culture du pays. J’ai donc compris que pour poursuivre et développer ce domaine, j’aurais besoin de partir. J’ai choisi la France parce que l’art du cirque est hautement considéré ici.

Quand as-tu commencé le jonglage, et comment as-tu découvert cette discipline ?
J’ai commencé à jongler quand j’avais 12 ans, dans la tente d’un petit cirque à côté de chez moi à Pardes-Hanna. Les après-midi j’allais en classe de jonglerie, acrobatie et trapèze. Très vite je me suis spécialisée en jonglerie. De là, j’ai rencontré beaucoup de jongleurs israéliens, comme Ori Roth, Noam Geller et Namer Golan, j’ai beaucoup appris avec eux.

J’avais vu cette première vidéo de toi  qui date de 2010, avant ton entrée au Lido :

Tu avais déjà un très bon niveau technique en jonglerie, déjà un « personnage », mais quand on regarde tes autres vidéos depuis, il est intéressant de voir que ce personnage a beaucoup évolué, muri.
Par exemple dans cette vidéo :

tu as intégré de la manipulation, le travail du manteau, etc. Ce travail théâtral, c’est à Lyon que tu l’as appris ?
Comment s’est construit ce « personnage », quel a été le travail qui t’a amené à lui ?

Et bien j’ai trouvé ce personnage lorsque je travaillais sur mon numéro de manteau à Lyon. J’ai commencé par travailler sur la technique avec le manteau, la jonglerie et le mouvement, et en fin de compte, j’ai créé petit à petit ce personnage. Maintenant, je voudrais faire un numéro sans musique, avec une interaction directe avec le public. Mais j’ai vraiment peur de prendre ce risque. Tu peux demander aux organisateurs de convention de Rennes, où j’ai interprété ce numéro pour la première fois, j’ai eu tellement peur ! Le jour du gala, je leur ai dit que je ne pensais pas pouvoir faire mon spectacle… ! En fin de compte, je suis très heureuse de l’avoir fait, mais c’était vraiment dur… Ce personnage m’a réellement aidé à surmonter cette peur. Elle est très agressive et sans hésitations sur scène. Ca m’a guidé pour entrer en scène, j’ai beaucoup appris de ce personnage, et j’en ai encore beaucoup à apprendre.

Quelles autres disciplines tu as travaillées dans cette école ?
À l’école, nous avons fait beaucoup de théâtre, de danse et d’acrobatie. Nous avons aussi suivi deux stages de clowns au cours de l’année et chaque mois, nous préparons un numéro afin de tester des nouveaux trucs devant un public.

Tu rentres à l’école du Lido en septembre (Le Lido est une des écoles les plus réputées en France en ce qui concerne l’enseignement des arts du Cirque). Tu as pourtant déjà un très bon niveau, qu’espères-tu approfondir comme compétences dans cette école ?
Au Lido, je veux continuer et développer mon jonglage en ce qui concerne l’art et la technique. Je veux expérimenter des choses différentes devant un public. Je veux travailler ma présence sur scène et développer mon propre language en jonglerie et dans le cirque… Et je veux faire le flic-flac (note : renversement en arrière) !

Ces dernières semaines, tu as réalisé avec ton frère 2 vidéos que j’ai beaucoup appréciées :

Ton frère semble être un créateur très « multicarte », a voir son site.
Vous êtes tous aussi créatifs dans votre famille ?
C’est exactement ça. Nous sommes une sorte de famille d’artistes… mon père est écrivain, ma mère est art-thérapeute, ma soeur est une artiste qui travaille et vit à Paris et mon frère est photographe pour le cinéma.

Vous avez écrit ces 2 courts-métrages en même temps ?
Non, je n’ai jamais imaginé ces 2 films comme un seul. Mais après le tournage des deux, nous avons trouvé beaucoup de connexions entre eux donc nous avons décidé de faire une trilogie. A chaque retour en Israël, j’essaie de trouver du temps avec mon frère pour faire un court-métrage. Il commence tout juste à apprécier que nous travaillions ensemble, je crois, mais j’ai toujours été très intéressée par la réalisation de vidéos de jonglerie. C’est vraiment si différent de la jonglerie sur scène. J’aime l’idée de pouvoir montrer du jonglage n’importe où – dans la rue ou dans l’eau – des lieux que vous ne pouvez pas porter sur scène. J’aime aussi le contrôle que j’ai dans les vidéos. Si je le veux, les balles ne tomberont jamais !

Avez-vous l’intention d’en réaliser d’autres ?
Oui. Tout d’abord, je tiens à terminer la trilogie. Donc la prochaine fois en Israël, nous tenterons de faire de le troisième. Après cela, j’espère vraiment que nous continuerons, mon frère et moi, et même de plus gros projets…

Quels sont tes projets professionnels ? Comment vois-tu ton évolution dans la jonglerie, ou le spectacle vivant en général ?
Là, je commence ces 2 années d’études au Lido, et je veux me concentrer la-dessus. Je veux apprendre autant que je peux et je laisse de côté pour le moment mes autres projets. Après avoir terminé mes études, je voudrais vraiment intégrer une compagnie de cirque et monter sur scène, et un jour j’espère créer ma propre compagnie…

Tu vas présenter un numéro à la convention de jonglerie « Tartajongle » fin août. As-tu déjà prévu d’autres représentations de ton numéro ?
Pour l’instant, j’arrête ce numéro. Je l’ai déjà beaucoup joué en convention de jonglerie, je voudrais passer à des choses nouvelles. Mais je continuerai à l’utiliser quand je suis hors de France, peut-être en conventions de jonglerie au Brésil ou au Texas.

Je sais qu’il y a depuis plusieurs années des conventions de jonglerie en Israel, donc cette discipline semble être active, mais mis à part le jongleur Ori Roth, je ne connais pas d’autres jongleurs venant de là-bas. Peux-tu me dire comment se porte la jonglerie en Israel ?
Il y a beaucoup de jongleurs incroyables en Israël. Le niveau est très élevé et continue de monter… Maintenant quand j’arrive en Israël, je vois beaucoup d’enfants de 14 ans qui font du 7 balles et des pirouettes à 5 balles, comme si c’était la chose la plus simple du monde. Mais je pense que le jonglage en Israël s’est développé en dehors du cirque en général. Il n’y a aucune connexion réelle avec cet art… Mais ça s’améliore chaque année…

Photo : Pierre Morel

Quels sont les jongleurs et/ou artistes que tu apprécies, qui ont influencé ton travail ?
Quand j’avais 15 ans, j’ai vu un numéro du collectif « Petit travers » lors d’une convention de jonglerie en Israël et ça a été une grande source d’inspiration. C’était la première fois que je voyais un numéro de cirque si différent de tout ce que j’avais vu avant. Dans mon travail, je suis inspiré par le mouvement de la compagnie de danse ¨Rosas¨ et je suis très touchée par les travaux de Pina Baush. Dans le domaine de la jonglerie, j’aime travailler avec Guillaume Martinet de la Cie Defracto, j’apprécie vraiment son travail.

Quelle est LA figure que tu réalises et qui te procure le plus de plaisir ?
Hmmm… Quand je fais RAP avec un bon ami à moi.

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Interview réalisée en septembre 2012. Depuis Neta Oren a diffusé plusieurs autres vidéos, visibles ci-dessous :



Re:ROSAS! by Neta from Asi Oren on Vimeo.

– VERSION ANGLAISE –

First of all, the introduction ! If i’m not mistaken you are from Israel, and you spent 2 years in the circus school in Lyon. Why did you choose this school, in a country so far away from yours ?
I am coming from Israel. When I was 18, after finishing my studies, I went to Berlin for one year of voluntary service in a Youth Circus, were I worked as a juggling teacher. At the end of that year I tried to get into the Lido circus school in Toulouse. After my audition the directors told me that I’m too young to start in the school and suggested to try for pre-circus school in Lyon. I went to Lyon and got in and right now I finished 2 years in this school which was really great for me because of its focus on the performing side of circus. It gives a lot of importance to theater work and stage presence. I always knew that I want to go and study the circus out of my country. It was my dream from age 12. The circus in Israel its still at its very beginning and it’s still not a big part of the country’s culture. I understood that in order to continue and develop in this field I would need to get out and I choose France because the art of the circus is highly regarded here.

When did you start juggling, and how did you discover this discipline ?
I srarted juggling when I was 12 in a small circus tent next to my home in Pardes-Hanna. I took afternoon classes in juggling ,acrobatics and trapez. In a very short time I chose juggling as my main specialty. From there I was meeting many of the Israeli jugglers, like Ori Roth , Noam Geller and Namer Golan, and I trained a lot with them.

I saw this first video of you  from 2010, before you started the circus school in Lyon. You already had a very good technical skill in juggling, already a “character”, but when we start looking at the other videos, it’s interesting to see how your character has evolved and matured. For example, in this vidéo. You have integrated manipulation, the coat style, etc. Does this drama work come from the circus school in Lyon ? How did you build This caracter, which path led you to it ?
Well, I’v found this character when I was working on my coat number in Lyon. I started by working on the technique with the coat, juggling and movment, and in the end I was slowly developing this kind of character. Actualy I wanted to make a number without music and with a direct connection to the audience. But I was really scared of taking this risk. You can talk with the organizers of the Rennes juggling convention, where I performed this number for the first time – I was so afraid! The day of the gala I told them that I don’t think I can do my show…! In the end I am very happy that I did it after all, but it was really hard… So this character actually came to help me with this fear. She is very aggressive and has no hesitation to go on stage. For me it was a way of getting to the audience and I was learning a lot from it, and still I have a lot to learn.

Which other disciplines did you work on in this circus school?
At school we did a lot of theater, dance and acrobatics. There are also two stage clowns that we did during the year and each month we prepare a show in order to test some new stuff before the audience.

You are entering the Lido’s school in september (Lido’s is one of the most famous circus school in France). However you already have a very high level, which ability do you expect to improve there ?
While In the Lido I want to continue and develop my juggling in terms of art and technique. I want to try a lot of different things in front of the audience. I want to work on my presence on stage and develop my own special language of juggling in the circus… And I want to do the flic-flac!

These last weeks you published two videos with your brother that i really enjoyed : http://www.youtube.com/watch?v=AoChT3gHZK8 and http://www.youtube.com/watch?v=d77D2JroXQs
Your brother seems to be a multi discipline creative , http://www.asioren.co.il/ Are you all that creative in your family ?
Exactly so. We are kind of an artistic family… my dad is a writer, my mother is an art therapist, my sister is an artist that work and live in Paris and my brother is a cinema photographer.

Did you write this two short films together ?
No, I never thought of those two films as one. But after filming the two we found a lot of things that connect them so we decided to make it a trilogy. every time that I am back in Israel I’m trying to find some time with my brother to make a short film. It started just from the pleasure of doing something together, I believe, but I was always very interested in making juggling videos. It is really so different from juggling on stage. I like the idea that you can take juggling anywhere – to the street or to the water – places that you can’t bring on stage. I also like the control that I have in videos. If I want the balls will never fall!

Do you intend to make others ?
yes. First I would like to finish the trilogy of the two short films. So next time in Israel we will try to make the third one. After that I really hope that we continue from there, me and my brother, and even to bigger projects…

What are your professional plans ? How do you see your evolution in juggling or in live shows in general ?
Now I’m just starting two years of school in the Lido so I am quite focused on that. I want to learn as much as I can and leave my plans for the moment to try a lot of different stuff. After finishing my studies I would really like to join a circus company and perform a lot, and one day I want to make my own company as well…

You are going to present an act at the juggling Convention « Tartajongle », at the end of august. Have you planned other performances of this act ?
For now I’m leaving this act. I think I’v already played a lot with it in juggling conventions and now I want to move to some new things. But I will continue to use it when I’m out of France, maybe in juggling convevtions in Brasil or in Texas.

I know that there have been several conventions in Israel for a few years, therefore, this discipline must be very active. However, except the juggler Ori Roth, I don’t know any other juggler from there. Can you tell how juggling is going in Israel?

There are a lot of amazing jugglers in Israel. The level is very high and getting higher… Now when I’m coming to Israel I see a lot of 14 years old kids that make 7 balls and 5 up pirouettes like it’s the most simple thing in the world. But I think that juggling in Israel is developed outside of the circus in general. There is no real connection to the performing side of the art.. But it’s getting better every year…

Who are the jugglers and/or artists that you appreciate, and who have influenced your work ?
When I was 15 I saw the show of the Petit Travers in a juggling convention In Israel and I was a great inspiration. It was the first time that I saw a circus show that was so different from everything that I experienced before. In my work I’m inspired by the movement of the dance company ¨Rosas¨ and I am very touched by the work of the Pina Baush. And in the juggling field I love to work with Guillaume Martinet from Cie Defracto and appreciate their work a lot.

Which is THE act that you’re doing that makes you the happiest ?
ammmm… When I’m doing rap with a good friend of mine.


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