Gautier Tritschler

Bonjour Gautier ! Je crois que tu as découvert le jonglage assez tôt, peux-tu me dire à quel âge et dans quelles circonstances ?

J’ai découvert le jonglage à l’âge de 12 ans grâce à ma grande sœur. A l’époque, elle faisait quelques conventions en Allemagne et m’a donc naturellement initié.

Tu as tout de suite jonglé « sérieusement », ou ça n’était à l’époque qu’un loisir occasionnel ?
C’était un loisir. Jusqu’à l’âge de 19 ans, je maîtrisais seulement 3-4 figures rudimentaires à 3 balles et la cascade 3 massues . Le déclic s’est fait lorsque j’ai croisé un jongleur qui faisait la manche sur un parking de supermarché. Il m’a appris quelques figures avec des multiplexes et je me suis donc remis à jongler. Quelques jours plus tard, en panne d’inspiration, j’ai fait un tour sur le net ! C’était en 2003. A l’époque, il n’y avait pas encore beaucoup de choses à se mettre sous la dent sur le web mais ça à suffit à totalement me passionner.

Tu jonglais tout seul, ou tu faisais partie d’un groupe de jongleur ou d’une école de cirque ?
J’ai quelques amis que j’ai entrainés dans ma passion et on jonglait ensemble. Mais ils ne s’y sont pas mis à fond comme j’ai pu le faire et du coup je m’entrainais le plus souvent tout  seul.

Tu fais du jonglage « aérien » et du jonglage contact, tu as dès le début commencé ces deux disciplines ?
Non, d’abord par l’aérien puis timidement du contact un an plus tard. Au final, ça a pris pas mal de temps avant que je m’y mette réellement.

As-tu commencé, comme beaucoup de jongleurs, d’abord en apprenant les figures connues, ou alors dès le départ tu as été dans une démarche de recherche et de créativité pour développer tes propres figures et enchaînements ?
Par des figures connues, la recherche est venue bien plus tard. La première année, je bossais le nombre et je me mettais sous la dent à peu près tout ce que je trouvais comme figures 3 balles !

Quel modèle de balles utilises-tu ?
En ce moment, c’est avec des mmx play.  Sur le « Visual juggling project » c’était des sil-x et des balles sac sport juggling.

A partir de quand as-tu décidé d’en faire ta profession ?
Il y a 5-6 ans environ même si ça n’a pas marché tout de suite. A l’époque,  j’ai tenté l’école de cirque de Lomme mais je n’ai pas été retenu. Suite à ça, je n’ai jamais retenté aucune école et une part de moi le regrette.

Tu as fait d’autres métiers avant d’être professionnel ? Et aujourd’hui es-tu jongleur à « plein temps » ?
J’ai fait quelques mois de fac en psycho mais je séchais en permanence pour aller jongler. J’ai aussi commencé une formation de tailleur de pierre pendant 6 mois puis j’ai laissé tomber ; ça n‘était pas vraiment mon truc… Et surtout j’avais bien trop envie de jongler !

Tu es jongleur « freelance », et tu travailles en solo ou pour différentes compagnies. Pourquoi avoir choisi ce statut, plutôt que de créer ou intégrer une compagnie ?
A mes tout débuts dans le monde du cirque, j’ai travaillé avec une petite Cie : « la Circatriste ». Une des créations était une petite forme de 25 min plutôt efficace  qui s’appelait « du O et du L ». Jonglage, manipulation de valises, de cannes et de tapis, un peu d’acrobatie et de danse, pour 2 jongleurs accompagnés par un pianiste… C’était un univers du cinéma muet des années 20 à la Buster Keaton. A la fin de cette aventure, j’avais envie d’écrire des solos et comme je ne suis pas très rapide à ce jeu-là, j’y suis toujours.

Visual Juggling trailer from Cargo on Vimeo.

Personnellement je t’ai découvert grâce au projet « Visual Juggling Project« , (très bonne série de vidéos de jonglage disponible sur internet et en dvd). Comment es-tu rentré dans ce projet ?
C’était à la convention nationale française à Rennes, je ne connaissais pas encore Raphael à l’époque, mais j’avais  beaucoup consommé de ses vidéos.  Il m’a vu jongler, m’a parlé du projet et voilà c’était parti !

Je trouve que tu as une jongle très créative, que tu es attentif à l’harmonie globale visuelle de ton jonglage, du positionnement et de la composition que forme ton corps et les balles. Tu occupes tout l’espace disponible. J’ai l’impression que tu travailles tes enchaînements comme une chorégraphie. Comment travailles-tu tes enchainements ? Tu te bases uniquement sur tes sensations corporelles, ou tu travailles aussi avec la vidéo pour vérifier l’aspect visuel de tel ou tel mouvement ?
C’est un super compliment que tu me fais là et je t’en remercie !
Effectivement, j’aime bien bosser avec la vidéo, ça me permet de « vérifier » si les sensations corporelles tiennent leurs promesses. Avant d’avoir recours à la vidéo, et si le type d’enchaînement le permet,  j’utilise souvent le miroir. Ça te donne un aperçu direct de ce que tu fais, c’est pratique mais parfois ça peut induire en erreur ou donner de fausses impressions.
Par contre ma 1ére étape pour trouver des enchaînements ou de nouvelles figures c’est d’improviser. Je réfléchis rarement à une nouvelle figure avant de l’essayer. Une bonne musique, une bonne énergie, un peu de culot et on découvre pleins de nouveaux chemins !
J’ai procédé de cette façon pour le «Visual juggling project » : je filme des gros bouts d’impro de 10 à 20 min, je rentre chez moi et regarde ce qu’il en ressort d’intéressant, puis je fais une 1ère sélection des chouettes moments et je l’affine petit à petit. Sur l’ensemble des 2 vidéos, il doit y avoir presque 60 % des images qui sont tirées d’improvisation. Il y a plusieurs figures ou enchaînements que je découvre pour la première fois sous l’objectif et que je n’ai jamais refaits depuis. D’ailleurs, j’avoue avoir parfois un mal fou à reproduire certaines choses que j’ai filmées.

Il y a les jongleurs qui savent « bouger », et les autres. Tu as la chance de faire partie de la première catégorie, des jongleurs qui « dansent »…  Guillaume Martinet, Adrien Mondot, Stefan Sing, Eric Longequel, Manoel Mathis… certains se rapprochent de la danse classique, d’autres du hip-hop, tu me sembles plus proche de la danse contemporaine, dans la lignée de Stefan Sing, as-tu fais de la danse en parallèle du jonglage ?
J’ai participé à un stage de danse de 3 jours avec Hervé Diasnas. Et il y a souvent des temps de pratique sans objets dans les stages donnés par des jongleurs. Mais sinon je n’ai jamais suivi de cours ou pratiqué par moi-même. Je crois que les jongleurs qui savent « bouger » m’ont toujours plus fasciné que les autres et du coup, j’ai passé mon temps à essayer de faire pareil.
Un jour, devant un miroir, j’ai posé mes balles et me suis mis à bouger sans; j’ai été très surpris du résultat. C’est là que j’ai bêtement réalisé que toutes ces années passées à jongler en mouvement m’avaient finalement fait travailler la danse.

En plus des collaborations avec des compagnies, tu proposes actuellement 2 numéros solos : « Des hauts et des bas » et « Contact visuel établi » – As-tu d’autres numéros en préparation ?
Non pas encore, tout  simplement parce que les écritures de ces 2 numéros ne sont pas terminées, il faut les fignoler encore un peu !

Gautier TRITSCHLER – Cegla from Cargo on Vimeo.

Est-ce que tu jongles tous les jours ? Quel est ton rythme d’entraînement et répétition habituellement ?
Dans l’idéal, j’aimerais jongler 6 jours sur 7 mais c’est très loin d’être le cas. Quand je suis en création, je bosse 5 à 6 heures par jour selon l’énergie que j’ai.  Pour l’entraînement, j’essaye de faire 2 à 3 heures quotidiennement mais il m’arrive trop souvent d’avoir des périodes où je me relâche.

Quel est ta figure préférée, celle qui te procure le plus de plaisir quand tu la réalises ?
Oula, c’est difficile ça comme question ! On va dire la famille des « lâchés » et celle des «égrainages » (ex simple : j’ai 3 balles dans la main droite et je fais un mouvement ascendant en les lâchant une par une, on récupère main gauche ou même main droite en étant rapide) .

Je crois que tu as suivi beaucoup de stages à tes débuts, auprès de jongleurs pros. Peux-tu me dire le ou lesquels ont été les plus déterminants pour toi ?
Je pense que c’est celui avec Gäelle Bisellach et Mika Quartz car c’est l’un des 1ers que j’ai fait et la manière d’aborder le jonglage m’a vraiment plu : détournement d’objets, improvisations, isolations, rapport à la danse et au mime … Vraiment très chouette ! Il a été déterminant pour moi car c’est vraiment le jonglage que j’aime et vers lequel je me suis orienté par la suite.

Aujourd’hui est-ce que tu serais tenté de faire de la formation à ton tour ?
De temps à autre, je donne des cours pour enfants ou fais des workshops en conventions, mais enseigner lors d’un stage d’un ou plusieurs jours, destiné à des jongleurs, c’est une autre paire de manche.

Quels sont les jongleurs ou artistes en général qui t’ont influencé à tes débuts ?
Pour le nombre, Thomas Dietz repoussait bien les limites du siteswap de l’époque. Pour le 3 balles : Adrien Mondot, Minh-Tham Kaplan, Stefan Sing, Nicolas Mathis, Maksim Komaro. Aux massues : Malte Steinmetz, Ville Walo et encore Maksim Komaro.

Il n’y a pas beaucoup de conventions de jonglage, dans l’est de la France. Est-ce que tu te déplaces parfois pour participer à certaines conventions ?
Oui mais je n’en fais pas beaucoup, environ 2-3 par ans et souvent l’européenne…

Et aujourd’hui, est-ce qu’il y a dans les « nouveaux jongleurs » des personnes dont tu suis avec intérêt le travail ?
Je ne sais pas si c’est vraiment un « nouveau jongleur » mais j’aimerais beaucoup voir un numéro de Yuri Yamamura.  Je l’ai seulement  vu jongler en vidéo et c’est vraiment très beau, j’ai hâte de le voir sur scène !

Si tu devais recommander un seul numéro ou spectacle de jonglage, ce serait lequel ?
Comme spectacle : « Circuits fermés » de la Cie Defracto.  Comme numéro : « Tangram » par Christina Casadio et Stefan Sing.


Quel est ton meilleur souvenir lié au jonglage ?
Au début, je jonglais n’importe où et n’importe quand et ça m’a fait casser un nombre pas croyable de choses : ça va de la statuette en ivoire au grand tableau en bois sculpté (décroché de son clou par un rebond de silicone) en passant par un nombre incalculable de bibelots en tout genre appartenant à ma compagne. Ce n’était pas très agréable sur le coup mais maintenant je trouve ça plutôt drôle.

Cette interview touche à sa fin, je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions ! Je te laisse le mot de la fin, si tu as un message à faire passer, c’est le moment !
Merci à toi pour cette interview et aussi pour tout l’investissement et l’énergie que tu mets dans « jongle.net » et dans le monde du jonglage.

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Pour en savoir sur Gautier Tritschler :
Son site internet 

Toutes les photos de cette page sont de ARKL Photo

Interview réalisée en novembre 2012, quelques vidéos diffusées depuis :

Gautier TRITSCHLER – Opeke from Cargo on Vimeo.

Gautier TRITSCHLER – Lano from Cargo on Vimeo.

Gautier TRITSCHLER – Usus from Cargo on Vimeo.

Gautier Tritschler one 12-19 Free from Cargo on Vimeo.

Gautier Trischler Garden 13-19 Free / Visual Juggling 1.0 from Cargo on Vimeo.

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